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L’étude Sur La Situation Économique et Politique En Turquie: Le treizième rapport du Comité des affaires étrangères et du commerce international Ajournement du débat

 Le Sénat passe à l’étude du treizième rapport du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international, intitulé Jeter des ponts : les liens entre le Canada et la Turquie et leur potentiel, déposé au Sénat le 20 juin 2013.

L’honorable A. Raynell Andreychuk propose que le rapport soit adopté.

Honorables sénateurs, je prends la parole ce soir pour parler d’un rapport important produit par un comité du Sénat. Je parlerai du potentiel du Canada de renouveler ses relations bilatérales avec la Turquie, de la nécessité de renforcer la sensibilisation et la compréhension entre nos deux pays ainsi que des avantages pour les priorités canadiennes, internationales et commerciales.

Voilà les conclusions du rapport du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international intitulé Jeter des ponts : les liens entre le Canada et la Turquie et leur potentiel.

Bien qu’on y souligne combien la diplomatie commerciale est essentielle au renouvellement de nos rapports avec le pays, on précise également qu’elle ne suffit pas. L’engagement du Canada doit être soutenu et constant si on veut qu’il profite à toutes les dimensions de la relation bilatérale entre nos deux pays. C’est là un thème récurrent dans l’étude du comité sur les pays émergeants dans un monde en pleine évolution, qu’il s’agisse du Brésil, de la Chine, de l’Inde, de la Russie ou de la Turquie. Il faut faire preuve de créativité pour mettre au point une politique étrangère complètement coordonnée. Il faut privilégier une approche à plusieurs volets en collaboration avec la société civile, les entreprises et les établissements d’enseignement canadiens.

Dans le cadre de nos études sur les pays BRIC, nos interlocuteurs ont souvent mentionné les grands progrès politiques et économiques réalisés en Turquie. Le comité a décidé de les examiner de plus près. Nous avons constaté que le pays a beaucoup changé en une seule génération, même comparativement à la dernière décennie. La nouvelle Turquie est dotée d’une grande population jeune et entreprenante de plus en plus instruite et affiche des salaires croissants, un taux de consommation élevé et une classe moyenne en plein essor. L’économie de la Turquie se classe maintenant au 17e rang mondial. Son taux de croissance est également un des plus élevée au monde.

Il y a 10 ans que la Turquie enregistre un taux de croissance supérieur à 5.1 p. 100. De 2002 à 2012, le PIB par habitant est passé de 3 500 $ à plus de 10 000 $. La Turquie espère se classer au nombre des 10 principales économies du monde d’ici 2023, année marquant le 100e anniversaire de la fondation de la Turquie moderne.

Il est tout aussi impressionnant de voir la Turquie exploiter ses avantages commerciaux à cette fin, avantages comme sa proximité de l’Europe, de l’Asie, du Moyen-Orient et de l’Afrique et ses liens économiques très étroits avec l’Union européenne, son plus important partenaire en matière de commerce et d’investissement.

La Turquie multiplie ses investissements dans certaines des économies du monde qui connaissent la croissance la plus rapide, mais qui présentent également le plus de risques. Les entreprises de construction turques, par exemple, sont présentes dans 95 p. 100 du marché irakien de la construction. Les intérêts turcs en Afrique ont connu un récent essor lorsque le pays a ouvert 23 nouvelles ambassades et nouveaux consulats sur le continent.

La Turquie renforce également sa présence en Asie et en Amérique latine. Turkish Airlines aide Istanbul à devenir un aéroport central. Si le projet d’agrandissement se concrétise, ce sera le plus grand aéroport au monde. L’aide au développement officielle de la Turquie est mobilisée pour stimuler la bonne volonté internationale.

Il ressort de notre étude qu’il n’est pas trop tard pour le Canada de profiter des possibilités qu’offre cette nouvelle Turquie. De plus, les priorités stratégiques et les forces commerciales du Canada sont compatibles avec la politique étrangère, les objectifs commerciaux ainsi que les besoins en matière de biens et d’importation de la Turquie.

Les bases d’une relation bilatérale plus solide sont actuellement jetées par les fonctionnaires, les entreprises et les établissements d’enseignement, et grâce à des ententes bilatérales sur le transport aérien, la double imposition, la sécurité sociale, l’agriculture et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. De plus, depuis 2009, un nombre croissant de délégations canadiennes politiques et commerciales de haut niveau se sont rendues en Turquie.

Or, il y a énormément de place à l’amélioration. En 2012, des produits d’une valeur de 2,3 milliards de dollars ont été échangés entre le Canada et la Turquie. C’est une hausse de 48 p. 100 par rapport à 2010, mais une légère baisse par rapport aux 2,4 milliards de dollars de 2011.

En 2012, la Turquie était le 25e marché d’exportation de marchandises du Canada, son 32e marché  d’importation et son 34e partenaire commercial mondial. En 2012, les exportations du Canada en Turquie se sont chiffrées à 850 millions de dollars, contre des importations de 1,5 milliard de dollars.

L’investissement direct du Canada en Turquie a été de 909 millions de dollars en 2012, ce qui place ce pays au trentequatriéme rang des destinations de l’investissement étranger canadien et représente 0,1 p. 100 du total de cet investissement.

Certains ont invoqué la collaboration de longue date du Canada et de la Turquie au sein de l’OTAN et d’autres organisations, ou notre récente coopération dans des forums tels que le G20, pour argumenter que nos relations sont déjà orientées vers ce qui importe pour nous. Cette perspective omet l’essentiel du rapport du comité, soit que la dimension bilatérale de notre relation est lacunaire et que le multilatéralisme ne s’est pas traduit par la solidification des relations bilatérales.

Le comité a discerné un besoin de connaissance et de compréhension mutuelles accrues entre le Canada et la Turquie. Nos deux pays sont aujourd’hui prêts à passer outre les divergences d’opinions et à renouveler nos relations pour notre avantage mutuel.

Après avoir entendu plus d’une cinquantaine de témoins et d’interlocuteurs, ici à Ottawa ainsi qu’au cours de notre mission d’étude à Istanbul et à Ankara en mars, nous offrons six recommandations et plusieurs suggestions au gouvernement du Canada.

Le comité estime que le Canada et la Turquie doivent approfondir leurs partenariats commerciaux. La croissance du commerce et de l’investissement doit cibler les secteurs où le savoir-faire des entreprises canadiennes est le complément des priorités économiques de la Turquie.

Les secteurs de l’économie turque présentant le meilleur potentiel pour les entreprises canadiennes comprennent l’agriculture, l’exploitation minière, l’énergie, l’infrastructure, le transport et l’éducation. Notre rapport souligne qu’un engagement politique accru doit sous-tendre la diplomatie commerciale du Canada.

Nous recommandons que le gouvernement du Canada maintienne un engagement constant à l’égard du gouvernement de la République de Turquie aux plus hautes instances politiques. Un dialogue positif et constructif dans les plus hautes sphères politiques peut s’avérer essentiel pour renforcer les relations entre le Canada et la Turquie, accroître la visibilité du Canada et aider les entreprises canadiennes à réussir en Turquie.

La Turquie, comme le Canada, est un pays commerçant, et le comité estime que les deux gouvernements devraient collaborer afin de déterminer s’ils peuvent trouver un terrain d’entente pour conclure un accord de libre-échange bilatéral. Au départ, lors des discussions préliminaires, le gouvernement turc ne nourrissait pas de grandes ambitions concernant un tel accord, si bien que l’initiative n’en valait pas la peine. Toutefois, à l’occasion de sa visite à Ankara, le comité a été encouragé par les propos du ministre turc du Commerce et des Douanes, qui a manifesté la volonté de son pays de reprendre les négociations et qui les juge urgentes. Par conséquent, le comité recommande que le gouvernement du Canada désigne la Turquie comme une priorité commerciale stratégique et accélère les négociations avec le gouvernement de la République de Turquie en vue de conclure un accord de libre-échange.

Le comité pense aussi qu’il serait bon de resserrer les liens avec la Turquie en favorisant davantage la création de partenariats en Turquie et dans des pays tiers. Les partenariats sont essentiels pour tirer parti des possibilités commerciales, obtenir des renseignements utiles sur le marché et naviguer dans la culture des affaires turque.

Le comité encourage fortement le gouvernement du Canada à renforcer la capacité d’Exportation et développement Canada en Turquie et à promouvoir des partenariats entre les entreprises canadiennes et les associations d’affaires turques.

Le comité estime également qu’il existe des possibilités de partenariat avec la Turquie dans les pays tiers de l’Afrique, au Moyen-Orient et en Asie afin de tirer profit au maximum de leurs forces commerciales convergentes. Par exemple, les entreprises turques étant moins réticentes à prendre des risques, elles seraient un bon complément du savoir-faire du Canada dans plusieurs secteurs où il est en tête de peloton. De tels partenariats seraient particulièrement avantageux dans les cas où chaque pays peine à trouver du financement. Ils permettraient aux deux pays de mettre leurs ressources en commun pour en tirer le maximum.

Le comité recommande que le gouvernement du Canada facilite de tels partenariats entre entreprises turques et canadiennes, y compris les initiatives novatrices de collaboration financière dans les pays tiers.

Le Canada aurait aussi intérêt à collaborer avec la Turquie concernant ses priorités en matière d’éducation et de formation. Un accord permettant aux jeunes Turcs de travailler et d’étudier au Canada pendant au plus un an donnerait aux Turcs et aux Canadiens la chance de vivre une expérience d’étude et d’emploi sans égal et les amènerait à contribuer davantage à la vie économique de leur pays.

Par conséquent, le comité recommande que le gouvernement du Canada entreprenne de conclure un accord sur la mobilité des jeunes avec le gouvernement de la République de Turquie. Cet accord pourrait englober les jeunes professionnels et les stages coopératifs à l’étranger.

Compte tenu que les jeunes Canadiens sont eux-mêmes confrontés à d’importants défis en matière d’emploi, le comité recommande que l’accord fixe des quotas pour chaque catégorie selon les conditions de notre marché du travail. L’éducation peut être un élément clé favorisant l’approfondissement de l’engagement entre le Canada et la Turquie, d’où peuvent fleurir les occasions commerciales et d’investissement. En fait, le comité considère que les deux pays se connaissent trop peu et que les jeunes doivent en savoir davantage pour que ce projet réussisse. Nous comprenons toutefois que le marché des étudiants internationaux est très compétitif. Le comité estime que le Canada doit promouvoir de manière proactive ses établissements comme destinations d’études de choix et établir des relations avec les responsables du domaine de l’éducation en Turquie.

Le comité croit fermement que le renforcement et la promotion de «l’image de marque du Canada » feraient mieux connaître le Canada en Turquie. Il est nécessaire de mettre en valeur les atouts du Canada et de le démarquer de ses compétiteurs dans tous les secteurs. La « marque du Canada » contribuerait à promouvoir l’avantage canadien dans les secteurs comme l’innovation et la technologie.

La Turquie a déployé des efforts pour améliorer sa capacité de recherche et de développement, ainsi que son secteur des technologies de l’information et des communications, mais ses besoins ne sont pas comblés suffisamment rapidement pour appuyer le programme économique turc. Par conséquent, il est possible de créer des partenariats Canada-Turquie visant le transfert de connaissances et le renforcement de la capacité technologique de la Turquie dans les secteurs où le Canada se démarque à l’échelle mondiale.

Pour faciliter ces transferts, le comité recommande que le gouvernement du Canada envisage de conclure des protocoles d’entente avec le gouvernement de la République de Turquie dans les domaines des sciences et de la technologie.

Enfin, le Canada et la Turquie ont plusieurs intérêts communs dans la région : régler le conflit en Syrie; encourager la normalisation des relations avec Israël; persuader l’Iran de coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique; promouvoir le développement économique de l’Égypte à l’aide de programmes d’emplois pour les jeunes et de projets de formation à l’emploi.

Le comité a complété son étude et a produit son rapport au début de juin. Naturellement, certains se sont demandé si notre rapport et ses conclusions restaient pertinents à la lumière des récents événements survenus en Turquie, à savoir les grandes manifestations déclenchées à Istanbul et dans d’autres villes ainsi que la réaction de l’État turc à leur égard. Cadrant avec les revendications des manifestants, notre rapport décrit les difficultés et les problèmes internes que la Turquie devra régler tout au long de son processus de modernisation démocratique et économique. Ainsi, il fait état de signes préoccupants indiquant que les libertés de presse et d’expression sont réprimées et que l’État est devenu de plus en plus intolérant à la critique et à la dissension.

Notre rapport traite aussi des préoccupations que suscite la domination du premier ministre Erdogan sur les sphères politique et commerciale de la Turquie. Nous verrons avec le temps les effets à long terme qu’auront ces récents événements sur la stabilité intérieure relative de la Turquie et sur son statut en tant que modèle de démocratie laïque dans la région.

Comme l’a dit l’un des témoins : « La direction que prendra la Turquie reste très incertaine. »

Le comité estime que ce rapport demeure un compte rendu fidèle et à jour de la relation entre le Canada et la Turquie, qui est en constante évolution. Il reflète une volonté sincère de la part de nos interlocuteurs au sein du gouvernement turc et des dirigeants du monde des affaires d’approfondir leur engagement bilatéral.

Alors que la Turquie continue à évoluer, les faits d’actualité doivent être interprétés en fonction des réalisations importantes de la Turquie en matière de politique intérieure et étrangère au cours des deux dernières décennies. Ces réalisations comprennent la subordination de l’armée turque au pouvoir civil et la hausse de la surveillance civile pour l’arrimer aux normes de l’OTAN et de l’Union européenne, ainsi que la réconciliation avec le Parti des travailleurs du Kurdistan, après un conflit de 30 ans.

Ce n’est pas une coïncidence si les messages présentés dans ce rapport font écho à ceux qui se trouvent dans nos rapports sur la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil, et qui traitent de secteurs clés tels que l’agriculture, les mines, l’énergie, les infrastructures, les transports, ainsi que l’éducation. Nous avons aussi répété qu’il était nécessaire de développer « l’image de marque du Canada », afin d’accroître la visibilité du pays.

Collectivement, nos rapports attirent tout simplement l’attention sur ce qui apparaît comme ce qui est nécessaire pour que le Canada réussisse dans sa recherche de nouveaux débouchés dans un monde en mutation.

Au fil des ans, le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international s’est bâti une réputation, je suis fière de le dire aujourd’hui, qui précède chacune de ses publications. Bien avant que le rapport soit déposé, notre décision d’étudier la situation de la Turquie a généré au gouvernement du Canada un intérêt tout neuf envers ce pays. J’espère que les idées et les recommandations qui se trouvent dans le rapport aideront les efforts du gouvernement canadien, du monde des affaires, des institutions d’enseignement et de la société civile pour que le partenariat Canada-Turquie se développe pleinement.

Honorables sénateurs, le travail du comité vise à changer les attitudes au Canada et à susciter une prise de conscience de ce potentiel que la société canadienne peut exploiter à son avantage dans un monde en pleine évolution.

(Sur la motion de la sénatrice Fortin-Duplessis, le débat est ajourné.)